Patrick CHEVAILLER

S’il y a quelques Robinson Crusoé des temps modernes, c‘en est un. Né en 1946, à Bordeaux, médecin de formation, après des annéesd’exercice en France, refusant la société de consommation, le bruit, la bureaucratie grandissante, il traverse l’Atlantique en 1977, exerce en Dominique puis aux Saintes, près de la Guadeloupe.

Des années plus tard, sillonnant la mer turquoise des Antilles, il tombe amoureux d’un ilot du sud des Caraïbes, Palm Island. Il choisit de s’installer avec son épouse et ses deux petites filles dans ce paradis, avec pour seules constructions un petit hôtel et quelques maisons de vacances, l’électricité par générateur, l’eau potable par récupération de pluie, sans voitures, sans télé, sans
journaux…

Un choix de vie en quasi autarcie, et en osmose avec la nature et la mer.

Ses journées sont pleines d’activités variées : médecin appelé sur les bateaux naviguant dans les parages, un temps directeur des travaux d’assèchement d’un marais infesté de moustiques, manager d’entreprises locales tournées vers la mer, sans parler de la peinture, un de ses nombreux hobbies…

Pendant vingt ans, il avait réalisé en amateur quelques 150 peintures à l’huile de petite taille, uniquement sur des sujets maritimes anciens, de façon totalement autodidacte, jusqu’au jour où un de ses amis, plongeur fanatique, lui demande une grande peinture de fonds sous marin en 2,4 mètres de large…

Du hobby à la peinture comme activité principale. Mais les années passant, il est le témoin atterré et impuissant de la
dégradation de l’écosystème. La faune et la flore sous-marine se détériorent lentement mais hélas irrémédiablement, des espèces disparaissent à jamais, les coraux blanchissent… et ce, dans une indifférence quasi générale.
Le style de Patrick Chevailler D’abord naïve, sa peinture fait vite place à un hyper-réalisme sous-marin qui connait toujours un gros succès auprès des amoureux de la mer dans le monde entier. Sa caractéristique est bien sûr imposée par ses sujets : les couleurs claquantes, éclatantes et souvent méconnues du « Monde du Silence ». Peu à peu, son approche devient moins académique, son style plus épuré mais toujours très coloré, avec une dose d’onirisme et d’humour : les poissons-anges ont des boucles d’oreille, les mérous fument le cigare, les tortues portent des lunettes et les coraux jouent les trompe- l’œil. Plongeur lui-même et toujours fasciné par la faune et la flore corallienne des Antilles encore presque intactes, il accepte avec enthousiasme, bien que n’ayant jamais traité du sujet, ni travaillé à une telle échelle. Obligé de peindre dehors à cause de la taille, il fut étonné de l’intérêt porté par les gens passant juste devant sa maison. Pour répondre à des demandes de plus
en plus nombreuses, il met alors en peinture les merveilles du monde sous marin pour ceux qui les aiment, et pour les faire découvrir à ceux, plus nombreux, qui ne les connaissent pas.

Aujourd’hui, il apporte sa contribution à frapper les esprits et sensibiliser au message écologique par le contraste entre les beautés sous-marines et ce que l’homme en fait : tortues piégées par des filets, requins amputés de leurs ailerons qui plongent vers les abymes dans une trainée de sang, dauphin pris dans une marée noire…